
Le château fort de l’Espinasse n’a préservé que son donjon, très endommagé, qui est le dernier vestige à avoir échappé aux destructions de 1590, à une époque où la ville comptait environ huit mille habitants, selon certaines sources. Ce village devait être d’une importance certaine, puisqu’il était le siège de la justice, aussi bien pour la haute que pour la basse justice.
Édifié sur une motte artificielle d’une hauteur d’environ cinq ou six mètres, entourée de fossés encore visibles, le donjon semble avoir été construit au XIe siècle, probablement sur le site d’un ancien camp romain. Il faisait partie d’un ensemble de constructions destinées à héberger les habitants et les hôtes du château.

Avec son plan rectangulaire aux angles arrondis, il présente des similitudes avec les donjons de Roanne et de Couzan. Initialement isolé au centre de l’enceinte fortifiée, il servait de dernier refuge en cas d’attaque. L’accès s’effectuait uniquement par un pont-levis menant au premier étage, la salle inférieure étant inaccessible depuis l’extérieur, sauf par des échelles menant à une trappe dans le plancher de l’étage supérieur.
Ce donjon, d’une hauteur de 17 mètres, possède des murs de 150 cm d’épaisseur à la base, caractéristiques d’une construction datant probablement de la première moitié du XIIe siècle. Le deuxième étage, plus tardif, pourrait être le fruit d’une reconstruction réalisée au XVe siècle. Les ouvertures du rez-de-chaussée, nettement plus récentes, datent probablement du XVIIe siècle.

Selon Noëlas, vers 1885, la tour était recouverte d’une voûte en berceau brisé, soutenue par deux arcs transversaux. Cette structure se serait effondrée autour de 1891.
Les fondations du château sont toujours présentes et, lorsqu’on survole le site en avion, le tracé des anciennes rues est clairement visible. À quelques kilomètres sur la route, se trouve également le château Renaissance de Lespinasse, remanié en 1886.

Le donjon de l’Espinasse est entouré de mystères et de légendes… On raconte souvent que des “dames” ou des “fantômes” hantent les lieux. L’environnement, avec les deux rivières, la Teyssonne et le Briquet, ainsi que les étangs, peut en effet expliquer la formation de brouillards ou de nappes de brume, propices à faire naître des croyances en apparitions spectrales.
Dans ses Légendes foréziennes, M. Noëlas raconte :
“Un baron, dans l’histoire du Châteauguet, chercha à contraindre un moine à offrir ses habits au diable, qui reposait dans le lit du baron. Immuable, le religieux fit un signe de croix et, instantanément, un bruit épouvantable éclata dans toute la vallée, la terre se fendit, et la ville entière fut engloutie dans les enfers, emportant avec elle le baron maudit.”
M. Noëlas évoque aussi : “On raconte qu’au cœur des longues et froides nuits d’hiver, des bruits étranges résonnent autour de l’ancien donjon de l’Espinasse : des roues de chariots qui roulent, des cloches qui tintent, des enfants qui pleurent. À ce moment-là, la tour semble s’enfoncer et, pour le voyageur solitaire, l’apparition d’une femme en voile blanc errant près de la Teyssonne, pleurant tristement en contemplant l’eau, devient une vision poignante.”
Ces légendes font écho à l’ombre de l’Espinasse, une ville aujourd’hui disparue, qui pleure la grandeur de son passé.
DONJON INACCESSIBLE – SUR TERRAIN PRIVE
VISIBLE DE LA ROUTE
À proximité, sur la route de Vivans, se trouve également une entrée de ferme, surmontée d’un pigeonnier en ruine qui conserve néanmoins un certain charme.

